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Les évadés du passé de Janette Beckman

Une trentaine de tirages réalisés par la photographe britannique Janette Beckman ont recouvert les cimaises de La Bellevilloise le temps d’un après-midi. En présence de l’artiste, l’évènement intitulé « Back in the days » a fait office d’exposition coup de vent sur les prémisses du rap dans l’immense loft de l’ancienne maison du peuple; un lieu de circonstance.

Pendant les années 1980/1990, Janette Beckman choisit les rues de New-York et de Los Angeles comme terrains d’expression; elle y vole quelques clichés qui, aujourd’hui, constituent une iconographie quasi-patrimoniale du monde du hip-hop. « C’était comme une explosion » se rappelle Beckman, « radicale, extrême, choquante, depuis les rues, s’employant à détruire pour reconstruire à nouveau, c’était le nouveau punk. »

Sur les murs, les évadés du passé avec leurs chaines en or, les lunettes, les coiffures, les LVs, les pieds solidement fixés au sol, le regard dur et le geste souple comme « une brillante expression de leur propre aliénation culturelle. ». Tribe Called Quest, NWA, Busta Rhymes, Slick Rick, Run Dmc, Big Daddy Kane… tous ont fixé la pellicule dans les règles de l’art et la photographie de Beckman, elle, a forgé les représentations collectives du rap.

La dimension narrative d’une telle exposition, qui prend des airs de rétrospective tant cette période de grâce est derrière, nous renvoie inévitablement au présent et interroge sur le rap d’aujourd’hui.

Reportage en images.

 

©Janette Beckman

©Noisepresso

 

 

 

Kids These Days, la relève de Chicago?

Pour casser les frontières du rap, il y a les groupes mainstream, puis des formations comme Kids These Days, qui savent audacieusement allier rap et indie rock, soul et folk à une base de jazz.

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Il y a quelques semaines je découvrais Kids These Days sous les conseils d’un ami avec le morceau Clear Eyes (voir la vidéo ci-dessus). Je presse « Play ». Le clip débute. Deux musicos font leur entrée dans un Chicago miniature aux airs de JouetLand, ils sont jeunes, côte à côte ils sillonnent la ville immensément petite en jouant et rappant une musique fleurant le bon sentiment. On entonne des sonorités jazzy et hip-hop avec délice dans un décor urbain où les trains somnolent dans leurs trajectoires, vont et s’en vont, comme le flot des Grands Lacs vient frapper doucement la ville et la berce à l’instar d’une contre basse et des percussions qui viennent rythmer cette première écoute loin d’être décevante.

Mais limiter la musique de K.T.D à l’école du rap made in Chicago (Common, Kidz In The Hall, Kanye West, Lupe Fiasco, Rhymfest…, ndlr) déjà exceptionnelle en elle-même, serait une erreur. Ils s’inscrivent dans la ligné des artistes précédemment cités mais pas seulement.

Si l’on s’intéresse à Hard Times (sorti pendant l’été 2011, ndlr), on s’étonne de la densité de l’univers de K.T.D : une rencontre d’instruments et de sonorités musicales du plus bel effet. Un véritable Jukebox qui sonne juste et sans prétention. Amené par un rappeur (l’excellent Vic Mensa, ndlr), une chanteuse Blues/folk, une sélection de cuivre et un trio Indie Rock (Ouais, rien que ça!) les arrangements de cet octet sont toujours sophistiqués mais jamais crâneurs.

La formation de base jazz trouve son plein souffle dans un zigzag qui croise les styles sans s’emmêler les pinceaux; un jeu de jambes survolté et élastique qui doit autant au rap, à la soul qu’à la folk ou à l’indie rock.

Bref, une découverte sympathique, d’un collectif touche-à-tout, prônant un rap sain (en phase avec les mouvements d’indignation) en marge du folklore gangsta et des ornements dorées en vogue outre-atlantique.

The Roots / Undun

La formation rap/jazz philadelphienne fait figure de légende dans la musique contemporaine dont elle continue de révolutionner les codes. Le collectif poursuit, dix-huit années après son premier album, sa quête de style et de poésie. Avec UNDUN pour bande-son.

 

Le dispositif narratif qui structure cet album-concept tient dans la surprenante et désarmante mise en scène de la vie de Redford Stephen (1974-1999). La courte vie de ce dealer décédé à l’age de 25 ans est interprétée par Black Thought (leader de The Roots, ndlr) à travers un protocole désossé, utilisant une narration inversée. L’album s’ouvre avec la mort de Redford Stephen et poursuit son cheminement vers un dialogue interne qui constitue un auto-questionnement au croisement de la libre volonté et du destin. Le parti pris d’annoncer d’emblée la mort de cet anti-héros ne témoigne pas seulement d’une volonté de surprendre l’auditoire mais aussi et surtout de définir la cause d’une chute annoncée comme objet central de cet album en quatorze tableaux.

L’atmosphère est parfois plombant mais toujours rehaussé par un coup de baguette du charismatique ?uestLove qui orchestre et produit magistralement l’ensemble de ce dixième album du septet philadelphien. Ce dernier, dont le précédent projet remonte à quelques mois (The Philly Paris Lockdown, ndlr), opérait dans une somptueuse réinterprétation des œuvres de compositeurs impressionnistes français (Erik Satie, Claude Debussy et Maurice Ravel) sous la direction de l’auteur-compositeur Keren Ann. Sur Undun, ?uestLove reprend la modalité de cette luxuriante matière rythmique qu’il met en confrontation avec les teintes vibrantes de la soul des années 70, mais aussi avec quelque chose de tragique; ce qui donne d’ailleurs tout son sens à l’œuvre de cette formation fortement encrée dans une philosophie révolutionnaire.

The Roots joue ici la toute-puissance du style et du tout-mélodique, devant lesquels on a envi de s’incliner tant son élégance clamée et revendiquée est soulignée sur certaines pistes : l’ouverture funeste de l’album amorce un superbe Sleep, puis Make My dans le même ton avec Big K.R.I.T, Redford de Sufjan Stevens, Possibility, Finality… qui subliment le tragique à l’image de la pochette en noir et blanc, où figure un terrain vague dans lequel se trouve plusieurs jeunes hommes, l’un d’entre eux exécutant un saut périlleux, tête en bas et pieds dans les nuages : la tonalité revendiquée de l’album.

  The Roots
 
  Undun (en écoute intégrale ICI)
 
  sur Def Jam Records
 
  sortie le 6 décembre 2011.
 
 

A$AP Rocky / Live.Love.Asap

New-York, Harlem, Cam’Ron, le Bronx, Dj Screw, Houston, Max B, le Wu Tang Clan… émaillés d’un peu de swagg (mon Dieu je l’ai dis) sont autant d’éléments qui auront servi de terreau fertile au rap d’A$AP Rocky, la nouvelle coqueluche du rap new school.

Mis en lumière cet été avec Purple Swag, le nouveau protégé de Jim Jones, 23 ans, brasse furieusement les influences new-yorkaises et Chopped & Screwed pour atteindre des publics qui revendiquent des styles assez opposés. Gonflé par la hype, il a continué de creuser son sillon avec Live.Love.Asap, une mixtape très remarquée sortie début novembre, qui lui a permit de rapidement dépasser le stade de gloire locale pour abolir les frontières et pulvériser les genres. Crado juste ce qu’il faut, sa voix engourdie par la codéine vacille constamment entre un flow saccadé, tranchant et un chant ralenti que l’on oserait presque qualifier de volontairement pouilleux. C’est glaçant et envoutant, tant il abuse de productions flegmatiques qui badinent avec la mollesse, c’est hypnotique.

A$AP Rocky « Peso » (Prod. A$AP Ty Beats)

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  A$AP Rocky
 
  Live.Love.A$AP
  (vous pouvez télécharger la mixtape ICI)
 
  sur Polo Ground Music
 
  sortie le 1er novembre 2011.

 Mothefu****.

Mac Miller / Blue Slide Park

Comme à l’accoutumée, le rap de Mac Miller se nourrit de climats, tantôt brumeux, tantôt enjoués, qui nous transportent de ses paysages sonores en demi-teinte à ses chansons aux vocales et instrumentales qui charrient un sentiment de parfait bien-être. La Marie Jeanne qu’il consomme y est pour quelque chose et prend délicatement possession de l’espace, nous enveloppe et nous transportent.

 

Blue Slide Park est il à la hauteur de la rumeur? Oui et non.

Pour le flow, c’est un sans faute. Le « kid » est incontestablement doté de capacités rythmiques assez peu communes. Dans son débit de voix, il arrive à s’adapter à la richesses des productions de IdLabs qui tisse un décor prodigieusement envoutant sur bon nombre de morceaux de Blue Slide Park.

Pour le reste, on est beaucoup plus réservé. Le deuxième album du compère de Wiz Khalifa est bien trop éclaté pour qu’on puisse s’y attacher, naviguant sans cesse d’une chanson soignée qui ne manque pas de corps, à des sortes de tubes à écouter dans une fête américaine en sirotant un alcool dans son gobelet rouge.

Certains morceaux donc, présentent des arrangements rebattus cent fois (Opposite Of Adults par exemple) qui alourdissent et banalisent la performance vocale. La structure de l’album donne donc l’impression d’un sursaut et c’est hélas la grande limite de ce disque. En dépit d’un corpus de chansons soignées, la succession de celles-ci finit par fatiguer et a du mal à fixer l’attention de l’auditoire.

Par conséquent, il faut piocher dans ce « Blue Slide Park » pour y trouver son compte. Voici notre sélection :

Mac Miller « PA Nights »

Mac Miller « One Last Thing »

Mac Miller « Of The Soul »

Mac Miller « Blue Slide Park »

   Mac Miller’s
 
  Blue Slide Park
 
  sorti le 8 novembre 2011
 
  sur Rostrum Records.
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